« L’Arbre et Nous »

« L’Arbre et Nous »

Dans le cadre du cycle « Eloge de l’arbre »

Dessiner un arbre aux côtés de sa maison et de sa maman, l’enfant le fait très tôt : les proportions qui leur sont assignées sont tout aussi intéressantes que le degré de ramification ou le tracé de l’enracinement de l’Arbre, figure dominante dans cette représentation.

L’idée d’en planter un à la naissance d’un enfant est extrêmement ancienne, surtout quand le nouveau né est un garçon. Au Néolithique, l’Arbre était le parèdre de la Déesse Mère : génésiaque, ce couple était donc à l’origine de tous les êtres vivants. Ce modèle demeura à l’Age du Bronze puis à l’Age du Fer, mais la primauté appartint alors à un Dieu mâle, symbolisé par un Arbre (par ex. Zeus représenté par le Chêne, Apollon par le Platane, etc.). Du coup, les Mères, partenaires sexuellement nécessaires, furent ravalées au rang de déesses, de nymphes ou de reines. Mais la nature des hommes qu’ils engendraient demeura inchangée : ils étaient « de la race des Chênes », ils étaient « d’un bois aussi dur que le Fer », formules prononcées à propos entre autres des jumeaux Remus et Romulus. D’ailleurs, chez les Celtes, l’habitude resta de nommer l’enfant en fonction des qualités prêtées à un arbre et à son bois, ce qui explique aujourd’hui encore certains noms de familles (par ex. Fayard = le Hêtre).

Tout père digne de ce nom espérait voir son enfant grandir et vivre aussi longtemps que « son » arbre (le cordon ombilical était enterré au contact des racines, tout près du collet considéré comme centre vital, les forces profondes rejoignant les forces terrestres). Comme l’Arbre, son fils donnerait beaucoup de « rejetons » : le terme renvoyait aux rejets, aux drageons et aux marcottes qu’émettent les feuillus, les seuls qui fussent plantés à l’occasion d’une naissance. Il était donc logique de représenter la descendance familiale à partir d’un ancêtre mythologique ou historique en utilisant l’arborescence végétale : ce sera l’arbre généalogique, quoique les versions actuelles diffèrent des anciennes placées sous l’intercession de Marie, mère du Sauveur et des âmes sauvées. Laïcisé, l’arbre généalogique conserva les principes apparus au cours du XVIe siècle.

Les liens Arbre et Enfant expliquent les mythes gréco-romains et, plus encore, les mythes celtiques et germaniques, puisque l’humanité serait née des cheveux d’un géant – en fait des feuilles d’un arbre : le Frêne, mieux, de la variété la plus élancée chez les Fraxus, celle qui réclame le plus d’eau et le plus de soleil, qui débourre le plus tard aussi. Il reste donc feuillé quand les autres connaissent la défoliation automnale. Cela en fait le symbole de la jeunesse. C’est donc ce grand dadais qui reçoit les leçons du Noisetier, humble et petit. Il intervient donc dans l’éducation des petits : vigoureusement appliquées sur les fesses dodues, les badines fouettent le sang des endormis et réveillent leur attention. Le Noisetier Mimir est donc le premier des enseignants. On comprend que les élèves lui aient préféré… les noisettes de l’école buissonnière !

Les jouets de bois ont donc une grande importance dans l’apprentissage des enfants, qu’il s’agisse des jeux éducatifs comme les alphabets, les buchettes, les abécédaires ou les cubes – savoir écrire, lire, compter – ou des jeux dérivatifs qui préparent aux gestes inhérents au genre, ce que l’on retrouve dans les contes pour les petites filles – manier et nourrir sa poupée – ou des récits pour les jeunes garçons – poser un piège, faire un arc -. Rappelons que le XVIIIe et le XIXe siècle ne furent pas avares sur ce chapitre, en raison du renouveau des méthodes pédagogiques et de l’essor des littératures enfantines. Avec tout cela, comment les enfants d’aujourd’hui pourraient-ils ignorer que le salut de la Terre passe par la pousse des Arbres et que c’est en plantant un arbre ou en le soignant qu’ils feront leur premier pas dans la préservation environnementale ? Encore faudrait-il leur apprendre qu’un arbre n’est pas un dieu, c’est-à-dire qu’il est mortel – comme lui, comme nous – et que le couper au bon moment, c’est permettre à un jeune de le remplacer…


A propos du conférencier

Andrée CORVOL DESSERT

Andrée CORVOL DESSERT

Directrice de Recherche CNRS
Née en 1947, à Saint-Affrique (Aveyron) Mariée, sans enfant 1972-Agrégation d’Histoire 1982-Doctorat d’Etat ès Lettres et Sciences humaines, option Histoire 1983-Membre du jury de l’école... Lire la suite
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