L’initiative sur la Monnaie pleine

mardi 27 mars 2018

18:30

«L’initiative pour la Monnaie Pleine nous promet une aventure monétaire» pour Jean-Pierre Roth.

«Monnaie pleine, une solution saine à une émission contrôlée du franc suisse» pour Patrick Dimier.

 

Billet économique de Jean-Pierre Roth

L’initiative pour la Monnaie Pleine nous promet une aventure monétaire

Dans les colonnes du Temps (28 février 2017) j’ai montré quels sont les coûts et les risques qui résulteraient de l’obligation faite aux banques et à Postfinance de couvrir totalement leurs engagements à vues (les comptes-courants du public) par des avoirs auprès de la BNS comme le demande l’Initiative pour la Monnaie Pleine.

Les partisans de l’initiative contestent mon analyse à l’aide d’arguments qui montrent qu’ils veulent en fait beaucoup plus que la garantie totale des comptes courants bancaires ; ils visent une transformation très aventureuse de notre système monétaire.

En effet, les initiants demandent que désormais toute la monnaie de notre pays soit créée par la BNS et que l’émission monétaire de cette dernière soit faite à découvert, sans contrepartie. Ainsi, une expansion monétaire par la Banque nationale prendra simplement la forme d’une bonification (un don) sur le compte de la Confédération, ceux des Cantons ou en faveur du public ; plus besoin pour elle d’acheter de l’or, des titres ou de faire des crédits comme aujourd’hui. Les bonifications faites, les heureux bénéficiaires seront libres d’utiliser la manne monétaire pour leurs dépenses courantes. La création monétaire devient ainsi un arrosage général qui permet aux initiants de nous promettre des baisses d’impôts et une économie florissante. En fait, ce mode d’injection monétaire correspond à ce que l’on appelait par le passé « la planche à billets » et il ressemble à ce que certains économistes contemporains proposent : l’ « helicopter money », soit la distribution de liquidités au public afin de relancer la consommation. Sur la durée, c’est quelque 500 milliards de francs de monnaie bancaire classique qui devra être remplacée par de la création monétaire ex nihilo de la BNS.

Une économie florissante, des baisses d’impôt, un système bancaire plus stable, comment y résister ?  Où est l’erreur ?

Comme tous les partisans de la planche à billets, les initiants rêvent d’un monde idéal, où la croissance serait régulière et le rôle de la banque centrale de doser savamment – et sagement – la croissance monétaire afin que la stabilité financière soit préservée. Malheureusement ce monde n’existe pas ; la banque centrale doit pouvoir réagir à des chocs internes ou externes et à des fluctuations saisonnières de la demande de moyens monétaires, donc être en mesure d’injecter ou de retirer de la liquidité du système. La planche à billet permet bien les injections nécessaires mais comment procéder aux retraits ? Au plus, le robinet de la création monétaire pourra être fermé, mais souvent ce ne sera pas suffisant car les exemples sont multiples de recul de la masse monétaire d’une période à l’autre. Va-t-on rappeler les dons monétaires antérieurement faits ? Peut-on faire marcher la planche à billets à l’envers ?

Pour tourner cette difficulté, les initiants imaginent que le réglage fin de la liquidité pourra être poursuivi à l’aide des instruments traditionnels de la politique monétaire (achats et ventes d’actifs, crédits aux banques). Il est fort à craindre que la tentation soit grande de procéder à toutes les injections par la distribution monétaire et uniquement les retraits par la vente d’actifs. En effet, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour se rendre compte que la distribution de la manne monétaire aiguisera les appétits de la politique ! Les pressions seront énormes sur la Banque nationale pour qu’elle ne ferme pas le robinet de ses injections de liquidité. Qu’on se souvienne des protestations qu’avait déclenché l’interruption de la distribution des bénéfices de la BNS en 2013. L’expérience passée a aussi montré que tous les régimes basés sur le principe de l’injection monétaire au travers du budget ont conduit à une accélération incontrôlable de l’inflation. C’est pourquoi le financement direct des dépenses publiques par la banque centrale est aujourd’hui proscrit dans tous les pays industrialisés. Il en est ainsi dans la loi sur la Banque nationale et dans les statuts de la Banque centrale européenne.

Une initiative qui vise la couverture à 100 % des comptes-courants des banques par des créances sur la Banque nationale comporte des coûts et des risques pour notre économie. Mais si, en plus, elle impose que les injections monétaires soient faites sans contrepartie en faveur des collectivités publiques et de la population, le débat sur la politique monétaire sera politisé et empoisonné : l’aventure monétaire est garantie.

 

Signature : Jean-Pierre Roth*
Tous les billets économiques de Jean-Pierre Roth sur www.bcge.ch/A propos de la BCGE/Medias/Rubriques presse/Billet économique de Jean-Pierre Roth
(http://www.bcge.ch/index.php?label_level1=a-propos-bcge&Sublabel_level1=rubriques_presse&label_x=rubriques_sonconseilBCGEROTH&lang=fr)
*Président de la BCGE et ancien Président de la BNS

mardi 27 mars 2018

18:30

INGE
rue Jean-F. Bartholoni 6, 1204 Genève
1er étage - Les Salons

Entrée libre sans inscription

Jean-Pierre Roth

Ancien Président de la Banque nationale suisse

Jean-Pierre Roth, né en 1946 à Sierre (VS), a étudié les sciences économiques et obtenu un doctorat à l’Institut universitaire de hautes études internationales (HEI), à Genève. Il a ensuite perfectionné ses connaissances au Massachusetts Institute of Technology, aux Etats-Unis, puis enseigné à l’Université de Genève et à l’Institut HEI. En 2009, l’Université de Neuchâtel lui a conféré le titre de Dr es sciences économiques, honoris causa.

Jean-Pierre Roth est entré à la Banque nationale suisse en 1979 comme économiste au département de recherche. Il a ensuite exercé diverses fonctions au sein de la BNS, tant à son siège de Zurich qu’à celui de Berne. En 1996, le Conseil fédéral l’a nommé vice-président de la Direction générale et chef du 2e département (marché des capitaux, billets de banque, relations d’affaires avec la Confédération, gestion de l’encaisse-or), à Berne. Dès le 1er janvier 2001, il a occupé le poste de président de la Direction générale et chef du 1er département (affaires économiques, affaires internationales, affaires juridiques et services), à Zurich.

Jean-Pierre Roth a représenté la Suisse au Conseil des Gouverneurs du Fonds monétaire international (FMI), à Washington. Du 1er mars 2006 au 28 février 2009, il a assumé la fonction de président du Conseil d’administration de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), à Bâle. En outre, depuis fin mars 2007, il  a représenté la Suisse au Conseil de stabilité financière, qui rassemble de hauts responsables des ministères des finances, des banques centrales et des autorités de régulation et s’emploie à approfondir la collaboration en matière de surveillance du système financier international. En février 2009, Jean-Pierre Roth a annoncé qu’il quitterait la Banque nationale suisse à la fin de la même année.

En 2010, Jean-Pierre Roth a réorienté ses activités vers le secteur privé. Il a été nommé membre de conseils d’administration d’importantes entreprises suisses. Du 1er juillet 2010 au 30 avril 2017, il a également exercé la fonction du Président de la Banque cantonale de Genève. Au 1.1.2018, il est encore membre des Conseils de Nestlé SA, du Swatch Group, de MKS (Switzerland) et est Vice-président de Arab Bank (Switzerland).

Jean-Pierre Roth est marié à Floriane Tognetti et père de trois enfants adultes.

Patrick Dimier

Avocat honoraire, médiateur et arbitre ASA

Patrick Dimier est né à Genève le 7.09.1950. Scolarisé en partie en France, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Genève et du brevet d’avocat genevois. Aujourd’hui il est retiré de la barre et exerce comme médiateur de conflits et arbitre. Il a été membre de la Constituante, et siège actuellement comme député au Grand Conseil. Il s’est spécialisé comme chercheur indépendant, dans l’histoire de la naissance des États-Unis, entre 1750 et 1789. Il a publié plusieurs ouvrages :

  • Charte pour une Genève indépendante (Mouvement Genève-Libre),
  • Une nouvelle Constitution pour Genève ou l’utopie de la raison (Slatkine),
  • Le Changement c’est maintenant (publication privée, à l’occasion du vote sur la nouvelle Constitution),
  • Réveillons-nous, que fait la BNS avec notre monnaie ? Publié à l’occasion de la campagne au Conseil National de 2015.

A paraître : Rêveries d’un baby-boomer ou réflexions sur le XXe siècle et les effets de la mondialisation.

Institut National Genevois
rue Jean-F. Bartholoni 6,
1204 Genève

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